Des catastrophes révélatrices et une action publique à repenser
L’année 2010 marque un tournant majeur dans la réflexion sur la prévention des inondations en France. Deux catastrophes dramatiques ont profondément remis en cause l’efficacité de l’action publique dans ce domaine :
la tempête Xynthia, qui a causé 53 décès,
les inondations dans le Var, responsables de 23 décès.
Ces événements ont suscité de nombreuses interrogations : comment limiter la mortalité lors de telles catastrophes ? Comment réduire les dégâts humains et matériels ? Comment mieux anticiper et gérer les risques ?
À la suite de ces drames, plusieurs rapports gouvernementaux et travaux parlementaires ont mis en évidence des faiblesses structurelles majeures dans l’organisation existante.
Rue du bois vert, Fouras (France) après le passage de la tempête Xynthia.
Trois constats principaux ont émergé :
Un émiettement des responsabilités, avec parfois une absence totale de responsable clairement identifié, et parfois, au contraire, une multiplicité d’acteurs aux compétences mal définies. Cette situation entraînait des incertitudes sur l’entretien et la surveillance des ouvrages, une déresponsabilisation collective et un manque de lisibilité.
Un déficit de maîtres d’ouvrage disposant des capacités techniques et financières nécessaires pour conduire des projets d’envergure, notamment pour la gestion des cours d’eau ou la mise en place de systèmes de protection efficaces.
Une organisation peu propice à une vision stratégique partagée, conduisant à des interventions ponctuelles, au coup par coup, sans cohérence d’ensemble ni déclinaison opérationnelle durable des politiques publiques.
Ces limites ont conduit le législateur à repenser en profondeur la gouvernance de la gestion de l’eau et des inondations, ouvrant la voie à la création d’une compétence dédiée : la GEMAPI, conçue comme un outil de clarification, de structuration et de renforcement de l’action publique locale.
